Le Clan du Saint-Cyrien : suite et fin

Dans le premier épisode de notre saga (à lire ici), nous vous parlions des surprenantes conditions d’attribution du lot de plage du Petit Bain, un exemple – parmi d'autres – des pratiques douteuses à Hyères.

Dans le deuxième épisode (à lire ici pour lequel Jean-Pierre GIRAN a été récemment condamné à nous payer 1000 €   nous vous parlions de l'omniprésence du chauffeur bénévole du maire, Roland ATLAN, notre BENALLA local, sur les chantiers du Centre Commercial du Nautisme (CCN) sur le port et de l'Odalys à la Capte.

Une présence de l'ami Roland sur le marché du CCN qui étonnait d’ailleurs le journal Médiapart dans ses colonnes du 5 septembre 2024 (à lire en fin d'article).

Il est donc grand temps de poser la dernière pièce à l'édifice et d'essayer maintenant, dans ce troisième et dernier volet, de comprendre où va l'argent.

Pour cela, il nous faut revenir une dernière fois sur le CCN.

Dans sa belle brochure sur papier glacé de 24 pages, le candidat GIRAN se félicitait de la création d’une base nautique et d’un centre du nautisme, « dignes de la capitale de la voile qu'est la ville d'Hyères ».

Ce que la brochure omet de préciser, c’est que 8 ans après le début de travaux, le chantier n’est toujours pas réceptionné.

Simple détail technique !

La Chambre Régionale des Comptes (CRC) elle, est moins lyrique : elle chiffre à 1 352 632 € le coût supplémentaire pour la collectivité.


Extrait du rapport

Dixit la CRC, ce montant, qui recouvre les 578 anomalies inventoriées par l'expert technique, est en grand partie constitué de paiement de services non faits ou non conformes.

La seule et unique question qu'on doit se poser : comment une commune, apparemment si bien gérée, peut-elle accepter de payer 1 352 632 € de prestations inexistantes ou défaillantes ?

Et surtout, pourquoi a-t-elle payé sans sourciller 94,6% du montant total du marché alors qu’elle connaissait parfaitement le problème ; pas moins de 7 expertises et constats d'huissiers ayant en effet déjà été réalisés.

Roland les bons tuyaux

Une nouvelle fois, Roland ATLAN, figure incontournable des coulisses municipales déjà croisée à maintes reprises dans les épisodes précédents, se retrouve au cœur de cette intrigue.

Bénévole particulièrement actif (chauffeur, garde du corps, colleur d'affiches, homme à tout faire, etc.) auprès du maire, il dirige également l'entreprise de plomberie HPC, autour de laquelle gravitent deux autres sociétés – VIGNA et Avenir Energies – comme nous l'a expliqué Christian GIANNINI. ancien dirigeant d’une autre société de chauffage et de plomberie, « la clinique du chauffe-eau », que nous avons rencontré en juillet 2023.

Son témoignage nous a permis d'assembler les derniers éléments du puzzle et de comprendre pourquoi, depuis plusieurs années déjà, les trois mêmes sociétés – HPC, VIGNA et Avenir Energies – se retrouvaient régulièrement sur les mêmes chantiers hyérois.

L’histoire remonterait, d'après lui, à l’été 2016. À cette époque, Christian GIANNINI affirme s'être rendu à trois reprises dans les locaux fréjussiens de la « Société Nouvelle VIGNA » – future titulaire du macro-lot n°1 du marché public du CCN.

À chacune de ses visites, il est accompagné de Roland ATLAN qui sert d'intermédiaire. Sur place, les deux hommes viennent rencontrer le dirigeant de l’époque, Thierry MOLITOR.

Jusque là, rien d’illégal…

Là où les choses se corsent, c’est lorsque Roland aurait proposé à GIANNINI de lui faire obtenir le lot « plomberie/climatisation » du CCN, moyennant une petite rétro-commission

10%. Une vieille tradition varoise puisque c'était déjà la commission que se partageaient Jean-Louis FARGETTE et Maurice ARRECKX sur les marchés publics. En somme, la dîme médiévale remise au goût du jour – accessoirement le prix supposé du « bénévolat » de Roland ATLAN.

10%. C’est le seuil psychologique parfait : assez discret pour passer sous les radars, assez rentable pour valoir le détour(nement de fonds publics ?).

À priori, la mécanique serait donc simple et bien huilée : on se fait aider pour décrocher le marché, on verse sa dîme et il ne reste plus qu’à compenser ensuite en surfacturant, en réclamant des avenants ou en faisant l'impasse sur certains travaux afin de rentrer dans ses frais.

La boule de cristal

Toujours selon Christian GIANNINI – qui affirme avoir refusé finalement cette proposition indécente – lors de ces réunions estivales, Thierry MOLITOR lui aurait indiqué bien connaître le bureau d’étude pressenti pour assurer la maîtrise d'œuvre du futur marché du Centre Commercial du Nautisme, avec lequel il avait déjà travaillé à plusieurs reprises.

Petit problème de calendrier : le maître d’œuvre ne sera officiellement choisi par la commune qu'un an plus tard (le 18 mai 2017 Ndlr).

Certains ont la boule de cristal, d’autres simplement de bons tuyaux ?

Au final, la société VIGNA obtiendra le lot de gros œuvre. Un lot que la CRC qualifiera pourtant d’« atypique » dans son rapport.

Atypique en effet : il concentre à lui seul 75% des malfaçons ainsi que des prestations non conformes ou non réalisées sur le chantier – des travaux pourtant payés rubis sur l’ongle par la commune ?!?

Le bénévole omniprésent

Le témoignage de Christian GIANNINI est d'autant plus crédible qu'il était lui-même auparavant chargé de certains travaux sur le port. Sa société « la clinique du chauffe-eau » bénéficiait en effet d'un accord-cadre sous la précédente municipalité pour les prestations de chauffage et de plomberie des bâtiments municipaux. Il a d'ailleurs été impliqué dans un autre affaire de surfacturation sur les installations portuaires, (aux côtés de Gérard PIERRUGUES, l’ancien responsable du port sous Jacques POLITI) et vient de faire appel de sa condamnation.

Un témoignage d’autant plus fiable qu’il confirme la proximité entre ATLAN et MOLITOR – une proximité qui sera d'ailleurs évoquée un an plus tard dans l'article de Médiapart.

Un témoignage d'autant plus troublant qu’il rejoint un autre élément qui sera révélé également par ce même journal : la présence régulière de Roland ATLAN sur le chantier du CCN.

L'ami plombier : un homme de l’ombre, sans rôle officiel mais manifestement très impliqué dans les réunions de chantier et les travaux municipaux.

Ahhh, la famille !

Par le biais de sa société HPC, Roland aurait même tenté, en mai 2019, de se faire régler une facture de 15 426 € ; le directeur du port de l'époque refusant alors le paiement, faute de document contractuel.

Jean Pierre GIRAN serait alors intervenu en personne, demandant explicitement à son directeur de procéder au règlement, en arguant que Roland ATLAN « c’est comme ma famille ».

La facture sera finalement réglée, par l'intermédiaire d'une autre société, Avenir Energies, elle aussi amenée à participer au chantier du CCN, alors qu'elle n'était contractuellement titulaire d’aucun lot du marché public.

C’est d'ailleurs cette même société, proche de Roland ATLAN, qui remportera par la suite le marché de chauffage des bâtiments publics, au grand dam de l’ancien titulaire – en l’occurrence Christian GIANNINI.

Dans ce dossier, c’est évidemment parole contre parole mais son témoignage – que nous avons versé aux débats lors de l’audience au tribunal correctionnel de Toulon, à l'occasion de notre 3ème et dernier procès en diffamation contre Jean-Pierre GIRAN – vient confirmer de nombreux éléments déjà évoqués dans le premier volet de notre trilogie, dans l’article de Médiapart ainsi que dans certains de nos 170 articles.

A noter que Christian GIANNINI s'exposerait à une peine pouvant aller jusqu'à un an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende si son témoignage se révélait mensonger.

Lors de notre procès en correctionnelle, l’avocate du maire a réfuté toutes ces allégations en mettant en cause la crédibilité de notre témoin et en produisant, de son côté, le témoignage de Thierry MOLITOR qui, évidemment, nie tout en bloc – ce qui n’a rien d'étonnant puisqu'il serait, dans le cas contraire,  complice de corruption et de trafic d’influence.

En tout cas, ce témoignage nous éclaire au moins sur un point : Jean-Pierre GIRAN et son témoin, Thierry MOLITOR, se connaissent bien.

La comédie municipale

Dans ce grand spectacle de théâtre que nous offre nos politiques locaux, dans cette commedia dell'arte locale, le rôle de Sganarelle tenu par Roland est bien évidemment un secret de polichinelle.

Toujours dans les coulisses, jamais sur l’affiche…

Pourtant, comme pour les dérives financières de Jean-Pierre BLANC, le « bénévolat » de Roland, est lui aussi connu de tous depuis 12 ans, sans que cela ne semble, comme à la villa Noailles, troubler outre mesure nos élus...

Le clan du Saint-Cyrien, ce sont bien évidemment tous ceux qui profitent du système, à commencer par les enfants (gâtés) de la villa Noailles. Mais ce sont aussi tous ceux qui, dans la sphère politique locale, savaient... et ont préféré regarder ailleurs.

La question qui fâche…

Jean-Pierre GIRAN connaissait-il les activités de son chauffeur bénévole sur le chantier du CCN ?

Une chose est certaine : le témoignage de Christian GIANNINI a bien été communiqué à son avocate, lors des échanges contradictoires, et Thierry MOLITOR a bien témoigné pour lui.

Pourtant, depuis, rien n'y fait : à chacun de ses déplacements, Roland, poisson-pilote (bénévole) reste toujours fermement ventousé à la bedaine du vieux requin blanc…

On garde le cap, souvenez-vous !

En bénéficiant d’un service « gratuit » de chauffeur et de garde du corps par quelqu’un qui, si le témoignage de Christian GIANNINI venait à être confirmé par une enquête de police, semble se payer visiblement sur le dos des marchés publics hyérois, Jean-Pierre GIRAN pourrait tomber sous le coup du délit de corruption passive.

En tout cas, pour l'instant, près d’un an après notre audience au Tribunal Correctionnel de Toulon, Christian GIANNINI n’a toujours pas été entendu par la Justice.

Ainsi se clôture notre trilogie du clan du Saint-Cyrien et vous savez maintenant à peu près tout sur ce dossier au cas où il finisse, un jour qui sait, par intéresser les enquêteurs.

Dimanche prochain, nous ne vous dirons évidemment pas pour qui voter – nous serions d’ailleurs bien en peine de le faire – mais au moins pourrez-vous glisser votre bulletin en toute connaissance de cause (à nostra ?).


                            




Article de Médiapart (5 septembre 2024)


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