Le Petit Bain boit la tasse

Alors que leur rentabilité à deux chiffres attire bon nombre d’investisseurs sur les lots de plages du littoral PACA, la situation semble bien différente à Hyères les Palmiers où les candidats ne se bousculent pas au portillon lorsqu'il s’agit de postuler pour l’attribution des Délégations de Service Public (DSP) des concessions de plages communales.

Le meilleur exemple de ce paradoxe typiquement hyérois est le restaurant « Le Petit Bain » situé 1550 boulevard de la Marine.

Courant 2022, lors du renouvellement de cette DSP, seulement un candidat en lice pour reprendre cette concession de plage ; en l’occurrence le délégataire sortant (la SAS « Le Petit Bain ») représenté par sa gérante (Marie Barbieri Maestracci Ndlr).

Bien plus que le court délai de publicité dans la presse spécialisée (les restaurateurs intéressés avaient en effet 6 semaines pour ficeler et remettre leurs projets de candidature), ne serait-ce pas plutôt la situation financière de cet établissement qui aurait pu dissuader bon nombre de candidats de postuler ?

Car, contrairement aux apparences, le Petit Bain n’est pas vraiment rentable et serait même, d'après nos sources, sur le point de boire la tasse comme peut en témoigner pour 2021 son faible bénéfice (34 253 €) comparativement à son chiffre d’affaires (1 078 025 €).


Extrait du rapport d'activité 2021 du Petit Bain

Seulement 3% de rentabilité... Et encore, si on enlève les aides de l'Etat pour la période COVID (78 289 € pour l'année 2021), le Petit Bain serait même, d'après nos calculs, déficitaire de plus de 44 000 €.

On comprend ainsi beaucoup mieux pourquoi les postulants n'étaient pas légion pour candidater et ce ne sont pas les quelques avantages qui subsistent encore (Porsche de société, rémunération mensuelle à 5 chiffres,...) qui y auront changé quelque chose.

La situation est devenue tellement compliquée que la gérante est désormais obligée de déployer des trésors d'ingéniosité afin de maintenir la tête hors du (petit) bain : ici, en multipliant les publicités dans toute la ville comme par exemple ce panneau 4x3 affiché juste en face du commissariat de police, là en redoublant de « cadeaux clients » pour tenter de fidéliser sa clientèle.

Panneau 4x3 du Petit Bain
(en face du commissariat de police)

En 2021, le montant de ces cadeaux aura même atteint la somme rondelette de 163 350 €, soit près de 5 fois le bénéfice net.

Interrogé lors de la réunion de la Commission Consultative des Services Publics Locaux (CCSPL) du 16 novembre dernier sur la nature exacte de ces surprenants « cadeaux clients », un des adjoints au maire fit alors remarquer qu’il n’était pas lui-même contrôleur des impôts pour juger de leur pertinence.


2ème extrait du rapport d'activité 2021 du Petit Bain

En tout cas, saluons la volonté clairement affichée de la commune de ne pas tirer sur l’ambulance en fragilisant davantage cette (unique) candidature sous de faux prétextes, comme par exemple la pertinence de leurs cadeaux clients, la rupture de continuité de service public survenue en 2020 (selon nos sources, le Petit Bain aurait fait en effet l’objet d’une fermeture administrative par la Préfecture pour non-respect des règles COVID lors de soirées organisées malgré le couvre-feu décrété), ou bien encore la note de 4/20 obtenue en « développement durable » lors de l’analyse des offres (ou de l’offre, devrions nous plutôt dire…).

Fort heureusement, cette bouée de sauvetage lancée par la commune leur aura été profitable car la situation financière de cet établissement est actuellement en train de s'infléchir.

2023 devrait être pour le Petit Bain un bon millésime, à en croire Jean-Pierre Giran qui n’a pas hésité (tout comme il l’avait fait pour Stéphane Lelièvre lors de la délibération sur le hameau des Pesquiers) à enfiler une nouvelle fois… son costume de VRP.

Lui qui, vous le savez peut-être, ne crache pas à l’occasion sur une petite flute, a en effet jugé utile de souligner, lors de la CCSPL, que le Petit Bain était un des établissements qui vendaient le plus de champagne Ruinart en France (nous précisons que nous ne sommes pas en mesure de confirmer ici les informations communiquées par le maire ; celles-ci ne figurant pas dans le dossier du candidat Ndlr).


Allez, clients : 1 bouteille achetée, la 2ème offerte...

Généreux comme ils le sont avec leurs clients et au vu de leurs faibles bénéfices, ils doivent probablement le vendre à perte le Ruinart qui, pour le coup, porte bien son nom.

Après avoir reçu l’aval de la Commission Consultative des Services Publics Locaux (mais pas celui de la représentante de la Direction Générale de la Concurrence et de la Répression des Fraudes, curieusement excusée à deux reprises lors des différentes commissions), elle a dû pourtant encore mijoter quelques mois avant de réussir à conserver son Petit Bain, Marie...

Et c'est chose faite depuis le conseil municipal du 16 décembre dernier où la concession de plage située 1550 boulevard de la Marine à Hyères lui a été (ré)attribuée.

Certes, lors de ce conseil municipal, des voix se sont bien élevées pour s'étonner de cette candidature unique et de la largesse de ces cadeaux clients (nous vous invitons d’ailleurs à aller visionner ici la séance du conseil municipal ; environ 1h33 après le début de la vidéo) mais le journal Var Matin, fidèle à ses habitudes, s'est fait très discret sur le sujet ; ne souhaitant visiblement pas se faire l’écho des échanges plutôt musclés et des lourds sous-entendus entre élus de la majorité et de l’opposition…

Mais bon, faute de candidats (probablement moins bien « armés » pour postuler), la commune n'allait tout de même pas jeter le bébé avec l’eau du (petit) bain… Alors on prend les mêmes et on recommence, vu qu'il n'y avait visiblement pas le temps de relancer une consultation plus « ouverte », même si, en 6 années d’exploitation, il nous semble que la commune aurait peut-être eu le temps de prévoir une durée de publicité qui ne fasse planer aucun doute sur son impartialité ou ne laisse à penser qu'elle fasse le jeu du délégataire sortant.

Quant à nous, ce ne sont pas les délais d’instruction, la largesse des cadeaux clients ou bien encore les suspicions de pratique de « fisc fucking » qui nous ont le plus étonnés dans cette affaire mais plutôt le fait que Jean-Pierre Giran (peut-être par excès de confiance ou bien par sentiment d’impunité ?) n’ait pas jugé utile de se retirer du vote d’attribution de cette DSP alors qu’il nous semblait pourtant bien être en position manifeste de conflit d’intérêt (situation dans laquelle un élu est au centre d'une prise de décision où son objectivité ou sa neutralité peut être remise en question).

Car, non seulement sa « sympathie » pour Marie Barbieri Maestracci n'est plus ici à démontrer et leurs échanges plutôt « caliente », par SMS ou Messenger interposés, ont fait les gorges chaudes des enquêteurs de la Police Judiciaire de Toulon et de Marseille (lors des auditions du maire dans le cadre de la 1ère attribution litigieuse de ce lot de plage en 2015) mais il faut également se souvenir que c’est au Petit Bain que Jean-Pierre Giran a souhaité organiser, en comité restreint, sa soirée de victoire le 29 juin 2020, au lendemain du deuxième tour des élections municipales ; en privatisant pour l’occasion cet établissement.

D'ailleurs, nous serions assez curieux de savoir si, lors de cette fameuse soirée privée, Jean-Pierre Giran a pu également bénéficier d’un des très généreux cadeaux clients du « Petit bain » ?







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