Après moi le déluge

Peu de monde ce jeudi 13 septembre 2022 à la mairie de la Crau, une petite trentaine de personnes tout au plus, une seule association hyéroise et surtout aucun élu de la cité des palmiers (sic) pour répondre à l’invitation du maire Christian SIMON pour la présentation du PAPI (Plan d’Actions pour la Prévention des Inondations) des Petits fleuves Côtiers Toulonnais (PAPI PCT) auquel est désormais rattaché le Roubaud.

Ce désintérêt des administrés et surtout de nos « responsables » politiques pour la chose hydraulique n’est malheureusement pas étonnant car la nature humaine est ainsi faite : après une catastrophe telle que les inondations meurtrières qui ont endeuillé notre département en 2014, un de nos réflexes archaïques est d’oublier pour nous protéger.

Alors, on oublie tout, sous le soleil de la Métro, et notamment les promesses faites par nos dirigeants sous le coup de l’émotion. Puis on retourne tranquillement vaquer à nos occupations, en se surprenant même à rêver à des jours meilleurs, sans vraiment réaliser qu’on est un peu comme des grenouilles barbotant tranquillement dans la marmite d’eau froide qui chauffe doucement mais sûrement, sur le feu de l’urbanisation galopante.

L’annonce par Christian SIMON, vice-président en charge du risque « inondation » à la métropole, de la création de 2 Zones d’Expansion de Crue (ZEC) sur le Roubaud est un parfait exemple de ce curieux phénomène d’amnésie collective.

Pour le profane, c’est assurément une bonne nouvelle qu’on pourrait même applaudir des deux mains si on n'y prenait garde… Pensez-donc, deux nouveaux bassins communaux à Hyères pour nous protéger des inondations, cocagne !!!

Mais si vous n’étiez pas en villégiature à Mexico entre 2014 et 2022, le son des rythmes tropicaux ne vous aura sans doute pas fait oublier l’engagement de Jean-Pierre GIRAN, lors de la réunion publique du 1er mars 2017, de construire non pas deux, mais bien cinq ouvrages communaux le long du Roubaud pour faire face à ses débordements (ceux du Roubaud Ndlr) ; cet effet d’annonce lui permettant certainement de mieux faire passer la pilule des 9000 logements prévus et des 50 hectares imperméabilisés sur le bassin versant du Roubaud.

Aujourd’hui, trois des cinq bassins prévus sont donc tombés à l’eau (un comble) et si, pour l’instant, les promoteurs se hâtent sans précipitations, qu'adviendra-t-il justement lorsque les pluies diluviennes et autres épisodes méditerranéens se rappelleront inexorablement, un jour ou l’autre, à notre bon souvenir ?

Sans doute que les hyérois finiront alors de se shadokiser et qu'à l'instar des célèbres plumitifs stupides de l'ORTF, ils pomperont le matin, ils pomperont le midi et ils pomperont le soir pour ne pas finir le bec dans l'eau...


Les Shadoks hyérois

Ce n’était pourtant pas la seule surprise, loin s’en faut, que réservait la présentation de ce jeune PAPI qui semble déjà avoir quelques problèmes de mémoire (et quelques soucis de fuites également sans vouloir en remettre une couche)

On pourrait effectivement s’étonner par exemple que les 2 zones d’écrêtage de crue restantes ne soient désormais dimensionnées par les services de TPM que pour des crues décennales (crues de débit « moyen » dont la probabilité d’apparition est d’une fois par décennie) alors que Hyères a été inondée à deux reprises en 1999 et 2014 par des crues centennales (crues de débit « important », dont la probabilité d’apparition est d’une fois par siècle) qui, contrairement à leur dénomination, sont survenues à deux reprises à Hyères à seulement 15 ans d'intervalle.

Interrogés à ce sujet, les responsables de TPM justifient le sous-dimensionnement du nombre et de la capacité de ces bassins par les études hydrauliques les plus récentes, menées dans le cadre du PAPI PCT.

Mais qu’est-ce que c’est que ce schmilblick comme dirait Papy Mougeot, cousin éloigné du PAPI Roubaud ?

Car, dans notre petit cerveau de piaf, on aurait plutôt pensé que les dernières études en date auraient conclu bien au contraire à la multiplication des zones d’écrêtage de crues puisque la pluviométrie en 2014 à Hyères (157,8 mm d'eau par m² le 25 novembre 2014) était 1,5 fois supérieure à celle de 1990 (100 mm d’eau) qui avait servi de base de calcul à la définition des 5 ZEC initialement prévues le long du Roubaud. Sans parler des 50 hectares d'imperméabilisation qui viendront bientôt s'ajouter au débit du cours d'eau...

Quant à la capacité des bassins revue à la baisse, il ne faut pas noyer le poisson, il est évident qu'ils coûteront bien moins chers à construire s’ils sont dimensionnés pour une crue décennale plutôt que pour une centennale ; leur volume étant alors 1,5 à 2 fois inférieur.

Enfin, si on regarde d’un peu plus près les 2 zones d’expansion de crues prévues par notre PAPI le long du Roubaud, il nous semble bien qu’elles se soient transformées en bassins de rétention de la future ZAC du Roubaud (ZEC1 et ZEC 2 sur le plan).


Extrait du PAPI PCT

Lorsque le Roubaud sortira de son lit pour occuper les zones d’expansion de crue initialement prévues (et il le fera très certainement au rythme où vont les constructions sur son bassin versant), encore faudra-t-il lui expliquer qu’il n’est pas prioritaire par rapport aux eaux de ruissellement de la future ZAC du Roubaud et qu’il devra encore attendre un peu avant de s’y déverser…

Belle pagaille en perspective !!!

Question subsidiaire : si c’est notre PAPI qui paie les 2 bassins à la place de l’aménageur de la ZAC, peut-on alors parler d’abus de faiblesse ? 😉

Face à la complexité et à la multiplicité des réglementations en la matière, il existe, fort heureusement pour nous, des services publics et des bureaux d’études compétents qui sont là pour définir et dimensionner les différents ouvrages de protection de la population contre les inondations, comme par exemple les travaux de requalification de la Sauvette.

Ce petit ruisseau souterrain qui traverse le centre-ville a en effet été réaménagé entre 2016 et 2020 afin de sécuriser le réseau pluvial (montant des travaux : 3,7 M€) avec notamment la construction d’un bassin de rétention sous le jardin Alphonse Denis, réalisé dans le cadre de la requalification de la place Clémenceau.

D'après le professeur Shadoko, spécialiste mondialement reconnu en la matière, ce bassin devait être la panacée dans la lutte contre les inondations dans le quartier du bon puits.

Mais la météo en a décidé autrement...

Et malgré une pluie près de quatre fois inférieure à celle de 2014, l'avenue Alphonse Denis a bel et bien été inondée une nouvelle fois le 17 août dernier.


Inondations de l'avenue Alphonse Denis
(17 août 2022)

Pas très efficace ce bassin, nous direz-vous, d’autant plus qu’il est en grande partie responsable de la mort du Ginkgo Biloba du jardin Alphonse Denis, arbre bicentenaire dont les racines ont eu quelques démêlées avec les tractopelles lors des travaux de la place Clémenceau et qui n'a pas non plus apprécié les fuites d'eau de la fontaine et le décapage acide réalisé lors du nettoyage du carrelage.


Le Ginkgo Biloba du jardin Alphonse Denis

Cet arbre, dont l'espèce a résisté à la bombe d'Hiroshima, n'aura finalement pas survécu aux travaux de la place Clémenceau. Et sur les 42 maires qu'il a vu se succéder depuis Alphonse Denis qui le planta dans son jardin d'acclimatation, le dernier en date lui aura malheureusement été fatal...

Mais voyons les choses du bon côté : on pourra toujours lui rendre un dernier hommage en utilisant son bois pour construire une arche, lorsque s'abattront sur notre commune les cataclysmes bibliques (sans doute accentués par l’imperméabilisation des sols en cours) et que Jean-Pierre GIRAN, tel un autre patriarche bien connu de l’Histoire, sauvera les hyérois du Déluge en les menant en bateau.

Avant le Déluge, notre Noé local fera sans doute grimper dans son arche un couple de promoteurs, mais nous ne sommes pas du tout certains qu'il y accueillera également un couple de gabians…



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