Le battement d'ailes d'un papillon

On dit que le battement d'ailes d'un papillon peut engendrer un typhon à l'autre bout de la planète.

Et c’est ce qui semble s’être produit le 14 décembre dernier, lors d’une audience au tribunal correctionnel de Toulon, où le Gabian avait laissé traîner ses oreilles…


Article du 25 décembre 2020 dans le journal Var-Matin

Ce jour là, alors que le maire de Saint-Cyr sur mer, Philippe BARTHELEMY, comparaissait pour des soupçons de favoritisme dans le cadre de l’attribution de lots de plage, le débat s’est, contre toute attente, rapidement orienté vers Hyères les Palmiers, à cinquante kilomètres de là.

Par ses questions, la présidente du tribunal s’est en effet attachée à mieux cerner les rapports entretenus par Philippe BARTHELEMY avec son prédécesseur à la mairie de Saint-Cyr sur mer, Jean-Pierre GIRAN dont le fils, Maxime GIRAN, est un des nouveaux délégataires de concessions de plage.

Et c’est un véritable vaudeville qui s’est alors joué au tribunal ; chacun essayant de se renvoyer maladroitement la balle.

Le maire de Saint-Cyr sur mer, accusé par les avocats des plagistes lésés de n’être qu’un « homme de paille », s’est défendu bec et ongles de toute collusion avec Jean-Pierre GIRAN dans cette affaire.
Certes, ils ont un passé commun mais leurs rapports sont devenus, selon lui, difficiles notamment en raison  du « côté caractériel du maire de Hyères », déclare-t-il devant un auditoire hilare.

En ce qui concerne la fille de Jean-Pierre GIRAN, Caroline, qui aurait « tenté de lui ravir la mairie de Saint-Cyr sur mer en 2008 », il affirme à la barre, non sans une certaine forme de délectation, l'avoir « sévèrement battue ».


Philippe BARTHELEMY, maire de Saint-Cyr sur mer

Alors, de là à penser que cette attribution de lots de plage ne serait qu’une façon d’apaiser les rapports avec la famille GIRAN, il n’y a qu’un pas que la partie civile s’est évidemment empressée de franchir et que la Présidente semblait visiblement intéressée d’approfondir.

Les débats se sont ensuite concentrés sur la déposition du chef de la police municipale saint-cyrienne, sommé par Philippe BARTHELEMY d’attester, 6 mois plus tard, que les dossiers suspicieux étaient bien complets lors de l’ouverture des plis.

« C’est quand même surprenant et un peu gênant » fera d'ailleurs remarquer la présidente au sujet de la mémoire de ce policier qui semble être miraculeusement revenue suite au dépôt de plainte des plagistes lésés.

Le procureur de la République s’étonnera également de la note de 20/20 attribuée à Maxime GIRAN pour son dossier alors qu’il était apparemment incomplet (sauf, bien sûr, pour le chef de la police municipale) et qu’il ne justifiait d’aucune expérience de plagiste ; étant au moment des faits vendeur de chaussures et attaché parlementaire de son Député de père.

L’ancien concessionnaire de ce lot de plage, depuis près de 30 ans, n’obtiendra quant à lui qu’un bien modeste 14/20.

Et c’est cet écart très (trop) important qui est, pour les anciens plagistes, le moyen imparable pour la commune d’éviter que la justice ne puisse ensuite annuler la nouvelle attribution ; une note de 20/20 rendant en effet quasiment impossible tout recours administratif.

Dans cette affaire, le procureur a requis des amendes comprises entre 15 000 et 60 000 €.

Epilogue

La décision du Tribunal a été rendue le 18 janvier.

Le maire de Saint-Cyr sur mer est reconnu coupable de favoritisme envers deux sociétés.

Parmi les deux candidatures que le tribunal juge avoir été « favorisées » figure la société MGPL, co-gérée par Maxime GIRAN et Patrice LAABAN.

Deux associés que tout semble pourtant opposer puisque l’un est fils de député et l’autre fils de gangster. Richard LAABAN est en effet une figure incontournable du grand banditisme marseillais aux multiples facettes : corruption, association de malfaiteurs, règlements de compte, trafic d’armes et de machines à sous puis, plus récemment, tentative d’extorsion de 2 000 000 € à l'encontre de Jean-Pierre BERNES, agent sportif de Franck RIBERY, Mathieu VALBUENA,... et ancien directeur sportif de Bernard TAPIE à l’O.M. (cf. article du journal Le Monde du 18 janvier 2016).

C'est cette surprenante filiation qui avait d'ailleurs mis la puce à l’oreille des concessionnaires évincés et les avaient convaincus de déposer plainte suite à l'attribution des lots de plage en mars 2016.

D’autant plus que, de son côté, la famille GIRAN n’en était pas à son coup d’essai pour tenter de s’approprier cette concession de plage ; Jean-Pierre, le patriarche, ayant déjà proposé sans succès aux anciens concessionnaires de la leur racheter pour son fils, comme cela a d'ailleurs été rappelé lors de l’audience.

Cette affaire connaîtra probablement un nouvel épisode judiciaire puisque, au regard du jugement rendu hier, les anciens concessionnaires seraient légitimement en droit de demander maintenant au tribunal administratif l’annulation des concessions de plage mises en cause. 

Quant à nous, nous sommes toujours intimement convaincus, malgré cette condamnation, que Maxime, le fils de Jean-Pierre GIRAN n’a aucun rapport, ni de près, ni de loin avec toute cette rocambolesque affaire parce qu’il nous semble évident que bon sang ne saurait mentir.


Même s'il faut bien avouer que c’est presque un comble, pour un attaché parlementaire digne de ce nom, de rendre un dossier administratif incomplet alors qu'il n'est constitué que d'une petite dizaine de documents…

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