Faire et défaire

« Faire et défaire, c’est toujours travailler » selon l’expression populaire.

Cet adage trouverait son origine dans la mythologie grecque où Pénélope, la femme d’Ulysse (pas celle de Fillon), défaisait toutes les nuits la tapisserie qu’elle tissait le jour, afin d’attendre le retour de son époux absent depuis près de 20 ans, sans avoir à choisir un nouveau mari parmi ses prétendants.


Pénélope à son ouvrage

Les exemples de cette expression familière sont malheureusement légion à Hyères et il suffit de flâner en cœur de ville pour en avoir l’évidente démonstration.

Dans l’avenue Alphonse Denis par exemple, requalifiée en 2019, les voitures en stationnement empiétaient sur les nouveaux trottoirs et grignotaient les terrasses des commerçants.

Ni une, ni deux, on résout rapidement le problème en fixant au sol des butées de parking qui, certes, ne sont pas très esthétiques mais ont au moins le mérite de ne pas être, pour une fois, en béton.


Butées de stationnement (Avenue Alphonse Denis)

Ah, si seulement le sieur Rudy, architecte de génie, avait pensé à ces menus détails, comme par exemple les infiltrations d’eau dans les éclairages au pied des pylônes (lire à ce sujet notre article « Recherche électricien désespérément !!! »).

Mais qu’importe car, comme le démontrait si bien Pénélope à son époque, faire et défaire, c’est toujours travailler.

Et il faut dire que nous ne sommes plus à quelques euros près pour notre belle place.

D’ailleurs, il suffit de lire avec attention la décision du président de la métropole MTPM N° 20/149 pour finir de s’en convaincre.

Sur les 9,7 millions d’euros TTC de travaux initialement financés par MTPM pour la requalification de la place Clémenceau (auxquels il faut ensuite ajouter le montant des travaux de voirie à la charge du Département), on constate qu’il aura fallu débourser 1,1 million d’euros TTC d’avenants pour reprendre ou compléter les travaux prévus initialement.

Soit 11,34 % du montant total du marché.

En général, pour les avenants de moins de 5%, le code des marchés publics est relativement souple.
Pour ceux compris entre 5 et 15%, l’avis de la commission locale d’appels d’offres était jusqu'à présent obligatoire.
Et pour les avenants de plus de 15%, le code des marches marchés publics impose aux acheteurs de « vérifier la substantialité des modifications apportées ».

Mais depuis le 22 avril 2020, l’ordonnance présidentielle n°2020-460 permet aux avenants dont l’augmentation est supérieure à 5% de s’affranchir purement et simplement de l’avis de ladite commission d’appels d’offres, et ce afin de « faire face à l’épidémie de COVID-19 ».

Désormais, il suffit donc aux entreprises de rester sagement en dessous de la barre symbolique des 15% pour que leurs avenants soient acceptés en l’état sans autre forme de justification, pour peu bien sur que les municipalités ne soient pas trop regardantes sur la facturation.

Décidément, la pandémie actuelle n’aura pas fait que des malheureux, loin s’en faut…

L’histoire ne dit pas si Rudy, notre Michel-Ange marseillais, a repris sa petite commission (12%) sur le montant total des avenants.

Une lecture plus détaillée de la décision du Président, nous a permis de déceler quelques pépites (lire d’ailleurs à ce sujet notre article « notre cher comte de Provence »).

Parmi celles-ci, la modification des ombrières RICIOTTI ® pour lesquelles le titulaire du marché se serait finalement aperçu qu’elles étaient « irréalisables pour des raisons structurelles ».

Assez surprenant tout de même pour un architecte qui a déposé pas moins de 13 brevets sur le chantier du MUCEM et qui a également réalisé (selon ses propres termes) des « premières mondiales » reposant « sur une matérialité forte et maîtrisée » (quel virtuose de la langue de Molière, ce Rudy tout de même !).

Bon, là, c’est bien dommage, la matérialité n’a pas été vraiment maîtrisée et le « copier/coller » de la résille de béton du MUCEM n’était finalement pas réalisable pour les ombrières hyéroises.

Cette petite erreur d’appréciation aura nécessité une rallonge substantielle de 196 800 € TTC.


Extrait de la DP N°20/149 (page 41)

Dans le privé, si un artisan se trompe dans son devis, c’est pour sa pomme.
Dans le code des marchés publics, c’est pour la nôtre

Toujours sous ces ombrières, les trappes d’accès à l’éclairage public sur les poteaux avaient été tout bonnement oubliées dans leur première version.

Heureusement, l’omission a finalement été relevée lors de la phase de travaux et tout est rentré dans l’ordre pour la modique somme de 63 000 € TTC.

Extrait de la DP N°20/149 (pages 40 et 41)

Sachant qu’il y a 58 trappes sur les poteaux de la place Clémenceau (soit un poteau sur deux), chaque trappe d’accès aura finalement coûté 1086,20 € au contribuable.

Trappe d'accès aux poteaux

Autre léger couac de l’architecte, la reconstruction des fondations de la fontaine, non prévue dans le devis initial, pour un montant de 84 898 € TTC.


Extrait de la DP N°20/149 (page 40) où les fautes d’orthographe laissent à penser que le document n’a pas dû être beaucoup relu avant d’être signé par nos édiles

Attardons-nous d’ailleurs quelques instants sur les marches et contremarches autour de la fontaine qu’il a malheureusement fallu également reprendre, afin qu’elles soient plus contrastées et donc plus visibles pour les personnes à mobilité réduite (PMR).

Surcoût de la facture : 92 786,78 € TTC.


Extrait de la DP N°20/149 (page 9)

Un détail nous a d’ailleurs surpris dans ce tableau : il y aurait apparemment 184 mètres linéaires de marches autour de la fontaine alors que nous n’en mesurons de notre côté que 100 mètres tout au plus (vous pouvez d’ailleurs vous amuser à les compter).

Soit le métrage est erroné, soit c'est le prix unitaire... En tout cas, soyez certains qu'ils ne se sont pas trompés sur le montant total !!!


Marches et contremarches en marbre de la fontaine, dont le contraste de couleurs, apparemment nécessaire pour la conformité PMR, n’est déjà plus aussi marqué

Autre imprévu, la fragilité du carrelage de la place (il faut savoir que la rosace n’est pas en marbre mais en matériau composite poreux), qui a dû être décapé, après seulement quelques semaines d’utilisation, afin d’enlever toutes les salissures déjà incrustées dans ses porosités.

Montant de la facture : 28 860 € TTC, sachant qu’il faudra sans doute renouveler fréquemment l’opération ; alourdissant ainsi un peu plus tous les ans le coût total de cette belle place minérale au carrelage quelque peu fragile...


Extrait de la DP N°20/149 (page 11)


Barrières installées par la société « Aérodécapage »
pour le nettoyage du carrelage de la place Clémenceau

Nous avons longuement hésité avant de parler de ces deux derniers exemples car le carrelage de la place ainsi que les marches et contremarches en marbre de la fontaine ont été fournis par la société Bob Carrelage, dont le dirigeant-fondateur, Franck LAPOINTE, était un des soutiens officiels du candidat Jean-Pierre GIRAN lors des dernières élections municipales.

Certains esprits mal intentionnés pourraient en effet voir dans ce soutien une tentative de voler au secours de la poule aux œufs d’or qui risquait de s’envoler suite au dernier suffrage.

Mais ici, au gabian déchaîné, nous sommes intimement convaincus de la sincérité du soutien  de ce sympathique et dynamique entrepreneur hyérois.

Quant aux menus travaux supplémentaires sur les pavés de la Place Clémenceau, qui n’a jamais commis d’erreur lui jette la première pierre…



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