Fin de match pour l'Espace 3000 ?

C’est une véritable hécatombe qui s’abat actuellement sur Hyères puisque, après la fermeture du gymnase des Rougières le 23 septembre 2021, suite à des problèmes de stabilité du bâtiment, c’est maintenant au tour de l’Espace 3000 de fermer ses portes au public pour raisons de sécurité, et ce jusqu’en 2025, dans le meilleur des cas.

L’arrêté municipal du 29 mars 2022, affiché devant le bâtiment, précise que la décision a été prise suite à un diagnostic récent de la charpente qui met en évidence une « dégradation importante des pieds d’arcs », des « déformations dues au pourrissement du bois », des « fissures traversantes de la majorité des poutres du faîtage » et des « déformations d’éléments secondaires de la scène » qui traduisent des « déformations récentes de la charpente ».



Découvre-t-on le problème seulement aujourd’hui comme le laisse sous-entendre le mot « récent » dans l’arrêté municipal ou y avait-il déjà eu des signes avant-coureurs de la dégradation de la charpente ?

C’est ce que nous avons essayé de comprendre….

Inauguré le 26 mars 1988, notre vénérable Espace 3000 était de plus en plus régulièrement victime de fuites, probablement liées à son grand âge. Afin de remédier à toutes ces petites nuisances qui minaient son quotidien, le traitement choisi il y a deux ans par les services techniques municipaux, fut de refaire intégralement son étanchéité pour un coût global de 200.000 € environ.

Or, il s'avère que lors de toute réfection d'un ouvrage d’étanchéité, les normes en vigueur imposent que les travaux soient précédés d’une étude de stabilité de l’ossature et des éléments porteurs de la toiture, qui incombe obligatoirement au maitre d’ouvrage, en l’occurrence la commune.

Dans ce contexte, nos élus ne pouvaient donc décemment pas ignorer depuis 2020 l’état de dégradation de la charpente à moins, bien sûr, d’avoir fait l’impasse sur cette étude…

Fort heureusement, on a échappé au pire dans cet Etablissement Recevant du Public (ERP) et la question qui nous brûle maintenant le bec est de savoir si tout cela aurait pu être évité ?

Compte tenu de l’avancée des techniques de réparations actuelles, probablement que oui, sauf à penser qu’il y ait eu une volonté de laisser le bâtiment se dégrader pour le transformer, sait-on jamais, en gare routière pour le futur pôle multimodal ?

Gare multimodale qui, si vous nous permettez une légère digression, ne devrait, selon nos sources, plus accueillir à terme aucun TGV à Hyères, une fois la nouvelle gare SNCF de la Pauline terminée. Sur ce sujet là non plus, il n’y a étonnamment pas beaucoup de communication de la part de la municipalité…

Pour revenir à l’Espace 3000, si celui-ci devait être réparé (budget estimé : 5 millions d’euros) plutôt que reconstruit (20 millions d’euros) ici ou là, gardons à l’esprit qu’on aura malgré tout jeté par la fenêtre (ou plus exactement par les VELUX) le montant des travaux d’étanchéité réalisés en 2020 et dont la durée de vie était pourtant de 30 à 35 ans.

Quant au Hyères Toulon Var Basket, club résident du gymnase des Rougières transféré ensuite à l’Espace 3000, motus et bouche cousue depuis le début de cette série noire. 
Ce silence radio pourrait-il s’expliquer par les relations privilégiées qu’entretiennent nos édiles avec certains dirigeants du club (lire à ce sujet notre précédent article Mourad Boudjellal reprendra-t-il le HTV ?) ?

Pour le maire, questionné sur la fermeture de l’Espace 3000, il n’y a pas de quoi fouetter un chat puisque « ce n’est pas un problème d’argent, la situation de la commune est extrêmement bonne ».


Article VM du 1er avril 2022

Situation tellement bonne qu’on ne s’enquiquinerait apparemment même plus à entretenir les bâtiments ; ne réparant, pour paraphraser Coluche, que ce qui s’écroule afin qu’au bout de quinze ans, les ruines soient à nous ?

A quelques kilomètres de là, c’est pourtant une tout autre stratégie d’entretien des bâtiments municipaux qui est mise en place par le maire de la Garde, Jean-Louis MASSON, pour qui « il est important d’entretenir nos infrastructures, sinon elles se dégradent et cela coûte encore plus cher ».


Article VM du 19 avril 2022

Du gymnase des Rougières à l’Espace 3000, en passant par le Centre Commercial du Nautisme (CCN) sur le Port, on n’est assurément pas très bons en ce qui concerne les étanchéités de toiture, c’est le moins qu’on puisse dire…

D’ailleurs, on n’aimerait pas être à la place de l’assureur de la commune, ni même du service juridique municipal qui doit probablement s'arracher les cheveux en ce moment du côté du CCN.

Car, sur le Port, ce ne sont pas les dégradations ni même les constats d’assurance qui inquiètent le plus, mais bien les malfaçons et les recours juridiques potentiels.

Pour comprendre la situation, il faut savoir que, contrairement à l’Espace 3000 ou bien encore au gymnase des Rougières, ce n’est pas un support métallique qui est fixé sur la charpente en bois des bâtiments du CCN mais des panneaux hydrofuges en contreplaqué sur lesquels on dépose ensuite une ou plusieurs couches de bitume isolant.

Dans ce cas précis, il s’avère que les normes en vigueur imposent de décaper totalement l’ancienne étanchéité afin de pouvoir inspecter le support et le remplacer si nécessaire. Vous conviendrez qu'il serait en effet ballot de reposer une couche de bitume pour s’apercevoir ensuite, à la première pluie venue, que les panneaux hydrofuges sont fuyards…

Pourtant, l’entreprise marseillaise, chargée de l’étanchéité des bâtiments, n’a pas jugé utile de le faire et s’est contentée de remettre une couche de bitume supplémentaire sans prendre la peine de décaper pour regarder ce qui se passait en dessous…

Et l’expertise indépendante, réclamée à cor et à cri par les commerçants du Centre Commercial du Nautisme, leur a clairement donné raison puisque des manquements évidents aux « règles de l’art » ont été soulignés dans le rapport d'expertise que nous avons réussi à nous procurer.

Le plus surprenant dans toute cette affaire, c’est que ces travaux prévus mais non réalisés ont pourtant bien été payés rubis sur l’ongle par la commune qui, c’est bien connu, fait confiance aux entreprises qu’elle emploie.

Car on est comme ça, dans le Sud, le verbe haut mais le cœur sur la main et pas méfiants pour deux sous !!!

On pourrait d’ailleurs s’amuser à imaginer une adaptation pagnolesque s'inspirant assez librement de cette histoire pour le moins rocambolesque...

La scène débute en mairie, avec l’arrivée en grande pompe dans le bureau de Monsieur Brun, de l’entrepreneur marseillais qui, fier comme Artaban, semble visiblement en terrain conquis.

« Bon jou, Monsieur Brun. Je viens vous voir, rapport à l’étanchéité ».

Aldebert Brun, employé municipal fraichement muté de Lyon, que tout le monde ici appelle respectueusement Monsieur Brun, se lève pour l'accueillir. Il est aussitôt happé par les bras de ce marseillais très tactile qui lui prodigue une chaleureuse accolade.

L'entrepreneur enchaîne : « On va pas se mentir, pour tenir les délais, on a terminé à l'arrache et du coup, c'est un peu de biscanti... Mais bon, on a pas travaillé à l'aouf (il s'esclaffe) et y va falloir penser à nous payer maintenant ».

Monsieur Brun le regarde alors avec des yeux de gobi (l'équivalent local du merlan frit Ndlr).

« Mais voyons, Monsieur, vous n’y pensez pas, vous savez très bien que ce n’est pas possible. Si les travaux n'ont pas été réalisés correctement, nous ne pourrons évidemment pas vous les payer ».

L’entrepreneur tente de le rassurer.

« Vè, on est pas des chiapacans, on s'est levé un maffre comme ça pour toi (il écarte alors les bras afin de bien lui montrer l'ampleur du travail accompli). Si tu crains que ça parte en biberine avant l’inauguration, t'inquiète, on est peinards vu qu’y va pas pleuvoir de sitôt »

Les collègues de bureau de Monsieur Brun n'en perdent pas une miette.

« Allé, Zou, sois pas testard, on va pas s'engatser pour si peu. On rattrapera tout ça le coup d'après !!! ».

Monsieur Brun n'en démord pas.

« Cher Monsieur, si d'aventure je donnais une suite favorable à votre surprenante demande, ce serait évidemment en parfaite violation du code des Marchés Publics ».

L’entrepreneur tourne aussitôt vinaigre.

« Oh, Minot, tu débarques ou quoi ? Va falloir que tu t’habitues fissa aux pratiques locales parce que tu commences sérieux à me briser les alibofis !!! Fa pa caga avec ta paperasse et ton code de la route, signe moi illico ma fiche de fin de travaux, et deux, trois petits avenants au passage tant qu’on y est, vu qu’on s'est un peu esbaillé sur le devis et qu'on a eu des frais en plus en pagaille, je préfère même pas t'eSpliquer ».

Puis, levant les bras au ciel...

« Et, surtout, boulègue, espèce d’ensuqué de Barjols, que j'ai pas toute la journée, moi ».

Ne voulant pas faire de vagues dans son nouveau poste, Monsieur BRUN, tout penaud, s’exécute alors à contrecœur. Comme ses deux prédécesseurs, Jean-Pierre et Stéphane, il ne restera sans doute pas bien longtemps dans ce service de « fadas ».

Le scenario est encore en cours d’écriture et il reste bien sûr encore à le peaufiner, mais nous verrons bien assez tôt si le nouveau Procureur de la République, personnage de l'intrigue qui devrait apparaitre dès l'acte suivant, sera également « couleur locale »… Ou si, bien au  contraire, il ne s’en laisse pas conter et qu’il donne une suite judiciaire au signalement qu'ANTICOR (association de lutte contre la corruption Ndlr) vient de déposer dans le cadre de l’attribution du marché public du Centre Commercial du Nautisme (d’un montant total de 6 millions d’euros) et qui comporte d'après nos sources bien d’autres volets que celui de la simple étanchéité de toiture.

A la mairie d'Hyères, serait-il finalement plus facile de couvrir les bévues que les bâtiments ?

En tout cas, une chose est certaine : en quelques années, nous sommes devenus les champions incontestés du ripolinage et de l’inauguration en grande pompe de travaux inachevés (place Clémenceau, musée de la Banque de France, Centre Commercial du Nautisme, Place Daviddi,…).

Nous sommes en revanche beaucoup moins bons lorsqu’il s’agit d’entretenir notre patrimoine immobilier vieillissant.

Et malgré une « situation financière extrêmement bonne » comme le rappelait notre premier magistrat, espérons, dans l'intérêt des deniers publics, que ça ne soit que la fin d’un match et pas le coup de sifflet final pour l’Espace 3000…

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