Fermeture de l'école MICHELET : le grand enfumage ?

L'ambiance était grave ce mardi 12 décembre, lors de la réunion publique organisée par la municipalité au Park Hôtel, suite à l'annonce de la fermeture de l'école MICHELET, trois jours plus tôt, dans les colonnes du journal Var Matin.

Dans la salle Benoîte GROULT, près de cent cinquante personnes étaient réunies ce soir-là à 18 heures, parmi lesquelles des élèves, des parents, des enseignants, des ATSEM, des habitants du quartier, tous abasourdis par la violence et la soudaineté de cette décision, tous inquiets pour l'avenir de cette école qui a vu tant de générations d'élèves hyérois s'y succéder depuis sa construction en 1888 jusqu'à ce jour fatal du 28 novembre dernier où le couperet tomba, condamnant l'école à une fermeture jusqu'en juin 2024, dans le meilleur des cas.


Pour l'occasion, des journalistes de France 3 avaient même fait le déplacement, sans doute attirés par l’annonce de cette fermeture si peu banale.


Le visage fermé, le teint cireux, le maire expliqua en préambule avoir eu la désagréable surprise de recevoir récemment un avis défavorable de la commission communale de sécurité qui se réunit tous les 5 ans afin de vérifier les conditions de sécurité dans chaque établissement recevant du public (ERP).

Pour lui, les procès-verbaux des précédentes commissions (2013 et 2018 Ndlr) n'émettaient pourtant aucune prescription notable en matière de sécurité alors que le dernier le contraint en revanche à fermer l'école « par principe de précaution ».

Comme il a d'ailleurs eu l'occasion de s’en expliquer dans le journal, il ne s'agirait selon lui que d'un problème d'accessibilité des véhicules incendie à cette école de la vieille ville.

Et alors que l'assistance avait été jusque-là attentive, son explication pour le moins fumeuse sur les raisons de la fermeture provoqua les premières étincelles dans la salle ; les délégués de parents d’élèves sachant pertinemment que la commission pointait surtout du doigt des travaux de mise en sécurité à la charge de la commune, comme notamment le remplacement de portes coupe-feu ainsi qu’un problème potentiel de sécurité incendie au niveau du parking communal (le parking de l'Oratoire Ndlr) contigu à l'école, côté ouest.


Extrait de la dernière page du PV
de la commission de sécurité

Sentant probablement qu'il risquait sur cette affaire d’avoir chaud aux plumes, le maire fut alors contraint à un rétropédalage. Mais plutôt que d'accabler ses propres services techniques pour leur manque manifeste d’anticipation (et risquer ainsi de créer à quelques jours de Noël un incident familial puisque Jacques BRUNO est à la fois le conjoint de sa fille Caroline mais également le directeur des services techniques de la commune), il préféra pointer du doigt le représentant de la DDSIS (Direction Départementale des Services d'Incendie et de Secours) qui intervenait dans la commission en tant que préventionniste et qui aurait, selon lui, « une perception manifestement différente » de ses précédents collègues de la DDSIS. Car, Jean-Pierre GIRAN est catégorique, « rien n'a changé en 5 ans » dans l'école qui ne saurait expliquer cette fermeture, mis à part peut-être l'identité du contrôleur (Var Matin - édition du 9 décembre).

Un fusible qui tombe à point nommé puisque ledit pare-feu n’était évidemment pas dans la salle pour s’en expliquer, selon le sacro-saint principe des absents qui ont toujours tort.

Malgré des éléments de langage savamment préparés depuis deux semaines par notre édile et réaffutés entretemps en conseil municipal, trois événements marquèrent la suite de cette réunion qui n'aurait, selon le maire, pas dû être publique ; la faute encore une fois aux autres puisque Var-Matin se serait manifestement trompé en l’annonçant comme tel dans son article. Décidemment, quand ça veut pas aller…

Le premier incident notable qui émailla la soirée fut l'intervention d'Annette GAYMARD, ancienne élue hyéroise, qui lui fit remarquer, avec son franc parler et sa faconde typiquement méridionale, qu'il existait pour les pompiers « au moins 5 moyens différents d'accéder à l'école », et que « si on fermait l'école pour cette raison, c'est toute la vieille ville qu'il faudrait alors fermer ». Il n'en fallait pas plus pour que notre maire s’enflamme ; l'accusant alors de faire de la politique politicienne. Vous joignez la désinformation à la vulgarité, enchaîna-t-il, ce que vous dites est minable !

Quel tact et quelle délicatesse envers cette ancienne élue de 79 ans dans cette salle qui porte justement le nom d’une célèbre militante féministe.

Mais ce ne furent pas les dernières échauffourées, loin s'en faut, puisqu’un peu plus tard, allumant une nouvelle fois le feu dans la salle, notre maire pyromane rappela à l'assistance que, grâce à lui, la vieille ville qui n’était jusqu’alors qu’« un bouge plein de voyous » a été nettoyée (au karsher ?) notamment grâce à son parcours des Arts.

Au bouge succédèrent alors les « Bouh » du public qui n'était évidemment pas venu là pour se faire insulter mais plutôt pour qu'on lui explique les raisons de cette fermeture intempestive et qu'on le rassure sur les conditions du transfert dans deux autres écoles (2 classes maternelles et 3 classes élémentaires à l'école Paul Long et 1 classe maternelle au Jardin d'Orient) de ses enfants.

D’ailleurs, ce sont justement des doigts d'enfants qui, un peu plus tard, se dressèrent pour demander, comme à l'école, la parole. Puis, lorsqu'ils comprirent qu'ils ne pourraient probablement pas s'exprimer, ils se levèrent tous spontanément (sans qu'ils ne soient instrumentalisés comme certains essayeront ensuite de le faire croire) et s'approchèrent de l'estrade. Le maire, tout à coup encerclé d'enfants, fut alors bien obligé de répondre, assez maladroitement d'ailleurs, à leurs questions. « Pourquoi on doit aller à Paul Long, on peut pas aller aux Iles d'Or ou à Anatole France ? » demanda un petit blondinet - Rires dans la salle - « Nous, on veut pas changer d'école, on est là depuis la maternelle, on est trop tristes » confie une autre élève. « On va pas fermer toujours, toujours, toujours ? » s'interrogea une troisième avant qu'un dernier enfant n’enfonce le clou « On va pas fermer l'école pour un parking ? ». Implacable...

On dit que la vérité sort de la bouche des enfants et ce soir-là, le maire, mal à l'aise, en fit la douloureuse expérience.

L'élue en charge de l'Éducation, Edwige MARINO, manifestement plus pédagogue, expliqua ensuite aux parents que les écoles Paul LONG et Jardin d’Orient étaient en capacité d'accueillir en toute sécurité leurs enfants ; rappelant au passage qu'on fermait tous les ans des classes à Hyères et qu'il n'y a pas si longtemps que cela, il y avait encore 15 classes à Paul LONG et pas moins de 220 élèves. Preuve que cette école était parfaitement en capacité d'accueillir les élèves de MICHELET, leurs enseignants, le périscolaire et le mobilier y compris.

Ce furent probablement les premières paroles censées de la soirée de la part de la municipalité !!!

Car, effectivement, comme l'a souligné fort justement l’élue, malgré tous les programmes de construction lancés à Hyères depuis 9 ans, force est de constater qu'on continue de perdre des habitants et de fermer des classes. Son surprenant mea culpa s'arrêta malheureusement là. Dommage car on s’attendait presque à ce qu’elle continue son auto-flagellation en reconnaissant ensuite qu’au-delà de MICHELET, ce sont de nombreux bâtiments publics qu’on laisse désormais se dégrader dans toute la ville, faute d'entretien : le gymnase des Rougières, l'Espace 3000 et probablement bientôt le Forum du Casino (qui souffre plus de l'eau que des flammes) et le Park Hôtel en étant les exemples les plus parlants.

Car le problème de cette école n'est pas tant l'accès pompier que le manque de moyens accordé à l'entretien des bâtiments, comme le savent pertinents tous ceux qui ont déjà assisté dans notre commune à des conseils d'école.

Et tout le reste n'est évidemment qu'enfumage...

Dans le PV que nous avons réussi à nous procurer, il n'y a rien en effet qui puisse réellement justifier l’urgence de cette fermeture. Seulement des travaux qui auraient dû être faits depuis des années, voire des décennies... Comme « ces portes en bois déformées par le temps, des vitres en verre blanc entre les classes », une « cloison séparative habillée de placo côté réfectoire et de lames de bois d'époque côté salle de sport », cette mezzanine située au-dessus d'une salle de classe presque entièrement isolée par des lambris en bois ou bien encore cet escalier hélicoïdal métallique situé en façade, côté ouest, qui ne dispose pas de l'éclairage de sécurité nécessaire pour évacuer les élèves.

Finalement, rien qui ne puisse être résolu rapidement par des services techniques et des ingénieurs compétents (en un seul mot, évidemment).

Alors, pourquoi ces travaux, connus de tous ceux qui sont déjà venus dans cette école, n'ont-ils pas été faits avant ? Et comment expliquer qu'on ferme cette école pendant 8 mois afin de les réaliser ?

Ce ne sont malheureusement pas les seules questions que soulève ce PV...

Dans l'analyse des risques réalisée par la commission, sur les 6 points qui motivent son avis défavorable, il y a notamment « l'absence d'informations concernant l'isolement coupe-feu du parking sous l'établissement ». Ici, notez bien que ce n’est pas le risque en lui-même qui est pointé du doigt par la commission mais plutôt l'absence d'information de ses membres, nuance…

Avant de signer le PV de la commission de sécurité, peut-être que son président aurait pu prendre contact avec l'architecte de ce parking municipal, Jean-Claude GAUDIN (un homonyme de l'encornet marseillais), présent lors de cette réunion publique et qui a même été interviewé par les journalistes de France 3 (il sera finalement coupé au montage Ndlr). Il lui aurait alors certainement expliqué comme à nous qu'il existe bien un mur coupe-feu dans le parking et que la commune possède déjà tous les plans et les documents nécessaires afin de s'en assurer. Et fort heureusement d'ailleurs puisque qu’il faut rappeler que la commune y loue 58 boxes à des particuliers et qu’elle continuera probablement de le faire lorsque l’école sera fermée.

Dans cette commission, il nous semble que le lieutenant des pompiers a fait simplement son travail de préventionniste, soulignant tous les points qui lui semblaient relever de la sécurité. Mais, s’agissant d’une commission communale, il faut savoir qu’il appartient en dernier ressort à son président, en l'occurrence le conseiller municipal délégué Olivier MICALLEF, représentant officiellement le maire, de trancher en cas de désaccord ; sur les trois membres de cette commission (1 élu, 1 employé municipal et 1 préventionniste), sa voix étant en effet prépondérante.

L’avis aurait alors été favorable avec dérogations ; laissant ainsi l’école ouverte.


Olivier MICALLEF lors de la réunion publique

Mais on peut parfaitement comprendre que cet élu qui n'avait pas assisté à la précédente commission à MICHELET (c'est Mme Renée TORNATO qui la présidait en 2018), se soit alarmé en tant que profane (il est kinésithérapeute de formation Ndlr) de ces 16 prescriptions faites par le préventionniste.

Peut-être aurait-il mieux valu que ce soit une personne du métier, en l'occurrence le conseiller municipal Patrick MONPATE, pompier de son état, qui fasse la visite de cette école centenaire, construite bien avant que la réglementation incendie n’entre en vigueur (arrêté du 23 mars 1965 Ndlr). Il aurait alors certainement pu apporter ses compétences techniques au préventionniste ; nuançant certaines des préconisations qui s’avéreront plus tard lourdes de conséquences et lui faisant par exemple remarquer que, malgré les difficultés connues d’accès des secours, les élèves avaient évacué l'école en seulement 1 minute et 33 secondes, lors de l'exercice incendie réalisé le 28 novembre en leur présence.

Mais il était probablement délicat pour le maire de demander à Patrick MONPATE de participer en tant qu’expert à cette réunion dans la mesure où ce dernier s’est fait récemment insulter par notre bien aimé tyran ; celui-ci lui conseillant d’aller se faire voir chez les grecs, en des termes beaucoup moins choisis.

Répétant depuis 15 jours à qui veut l’entendre qu'il n'y a aucun élément nouveau qui puisse expliquer cet avis défavorable, Jean-Pierre GIRAN aurait du aller jusqu'au bout de son raisonnement et passer outre l'avis de la commission, comme il en a parfaitement le droit.

Mais, c’est bien connu, quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage...

Et ce n'est pas la nouvelle directrice du service Education Jeunesse qui dira le contraire. Lors d'une récente réunion avec les délégués de parents d’élèves de l’école MICHELET, elle leur a en effet expliqué qu'une des deux écoles de la vieille ville aurait déjà dû fermer depuis plus de 10 ans, afin de réaliser des économies d’échelle (pas celle des pompiers Ndlr). Même si, selon elle, il vaudrait mieux fermer Paul LONG, beaucoup plus intéressante en terme d'immobilier. Cynique mais réaliste !!!

Il était donc évidemment plus facile pour la municipalité de mettre la fermeture de l’école sur le compte du pompier de service plutôt que d’assumer courageusement une décision motivée par des raisons purement économiques.

Selon nos informations, il n'y aurait pas pour l'instant de projet dans les tuyaux (de pompiers ?) pour le bâtiment dans l’éventualité où l’école ne réouvre pas ses portes en septembre 2024, que ce soit pour créer une nouvelle annexe de la villa Noailles, d’autres locaux du parcours des Arts ou bien encore un restaurant gastronomique pour un frangin restaurateur aux grandes oreilles mais, sans vouloir souffler sur les braises, chacun sait pertinemment que la nature a horreur du vide et qu'il suffira simplement de trouver ensuite un généreux mécène prêt à investir dans la pierre.

Pour Victor HUGO, ouvrez une école, vous fermerez une prison.

Pour Jean-Pierre GIRAN, fermez une école, vous libérerez du foncier...



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